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International

25 mai 2003

Argentine : un pays appauvri par la mondialisation

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Mots-clés :

1 – Quand l’immensité marque le mode de vie.

En traversant l’Argentine grand comme 5 fois la France, j’ai pu sentir l’immensité des pampas et de la Patagonie, l’altitude de la Cordillère des Andes, l’aridité du pays et la force du vent dont le changement de direction provoque d’énormes différences thermiques.

Peu peuplées, les campagnes possèdent de très grandes propriétés agricoles qui sont surtout consacrées à l’élevage extensif de bovins et d’ovins et qui emploient beaucoup d’ouvriers agricoles.

Avec la dispersion de la population, certains services publics sont difficiles à être assurés. Celui de la poste est absent dans certains villages. En Patagonie, dès l’école primaire, les élèves sont regroupés en internat et ne retournent dans leur famille que pour les vacances. Les hôpitaux et centres de santé sont malgré tout assez bien dispatchés même si la répartition des médecins accuse une inégalité capitale/régions. Buenos Aires compte en effet 10 fois plus de médecins par habitant que la région Terre de Feu.

L’Argentine m’est apparue comme un pays culturellement très développé. Les bibliothèques d’un certain âge abondent, y compris dans les petits centres. La quantité et la qualité des librairies m’ont impressionné. A ce sujet Buenos Aires rivalise avec Paris. 97 % de la population est alphabétisée (1).

La faible densité de la population( 8 fois moindre qu’en France) fait que l’Argentine connaît peu de problèmes liés à l’environnement. Par ailleurs l’énergie nucléaire est absente et la vache folle inconnue. Ce qui fait que la pensée écologique est peu développée. Les rayons des librairies sont démunis de livres traitant de ces sujets. La culture du maïs transgénique par les multinationales ne provoque pas de manifestations Les transports ne sont assurés quasiment que par la route. Certes, des fermes isolées captent les énergies solaire et éolienne, mais la puissance du vent et du soleil argentins est utilisée de façon dérisoire.

L’Argentine m’est apparue comme étant encore très marquée par l’indianité. Dans certaines régions les Indiens ont été assimilés par accouplement. Dans d’autres ils conservent leurs mœurs, leur culture, leur langue et même parfois leur territoire.

 2- Des femmes bien émancipées.

Les Argentines m’ont paru assez émancipées, par exemple davantage que leurs consœurs chiliennes. Simples d’abord, elles conduisent sans complexe des motos. Elles représentent 55 % des effectifs universitaires, m’a dit une militante syndicale enseignante. Cependant, avec le poids spirituel que conserve l’église catholique l’avancée de la législation en faveur de la libération des femmes traîne des pieds. Le clergé étant rémunéré par l’Etat, l’Eglise ne manque pas de vocations. Par ailleurs celle-ci a une grande place dans l’enseignement secondaire rural m’a dit la militante syndicale. Aussi, la loi sur le divorce ne date que de 1993. C’est seulement en 1998 qu’à été mis en place un réseau de bureaux de planning familial. La déficience de ce service dans les quartiers populaires des villes et dans les campagnes explique la persistance de familles très nombreuses : 9 enfants m’a-t-on dit en Patagonie. L’avortement, même s’il ne fait pratiquement plus l’objet de poursuites judiciaires n’est pas encore légalisé.

Toutes ces conditions expliquent la bonne place qu’avait l’Argentine dans le classement mondial du Développement Humain de l’an 2000 : 34 eme  place (1).

 A-    La décadence économique et sociale

Au niveau économique, depuis plus d’un siècle l’Argentine avait une place de choix au sein de l’Amérique latine. Elle avait notamment au début du XX ème siècle un réseau ferré unique en son genre pour sa densité dans ce continent, réseau  aujourd’hui laissé à l’abandon.

Mais en un an l’économie argentine et par voie de conséquence la condition sociale des argentins ont connu une chute brutale et conséquente. Si la crise était rampante depuis 1998 elle a explosé en 2002.

 1 – Les causes de l’écroulement économique.

a)     L’ouverture des marchés réalisés avec la mondialisation capitaliste a provoqué d’une part des fermetures d’usines notamment dans la métallurgie, la chimie, le textile et d’autre part des délocalisations d’entreprises étrangères, par exemple, d’électronique vers le Brésil.

b)-Le remboursement de sa dette extérieure sous laquelle l’Argentine croule, asphyxie ce pays. Commencée à être contractée sous le régime des militaires (1976-1983), cette dette a quadruplé depuis le retour à la démocratie de délégation. Elle représente aujourd’hui 1.5 fois le PIB (Produit Intérieur Brut) annuel du pays (2)

c)- La dévaluation du peso, monnaie de l’Etat fédéral argentin, a provoqué une très importante augmentation des prix, notamment des produits importés. En effet, jusqu’en 2002, un peso valait un dollar. Avec la libération du change, le peso a vu sa valeur en dollar divisée par 3,6.

d) –Pour aider le financement du remboursement de la dette extérieure, le gouvernement, encouragé par le FMI (Fonds Monétaire International), a, début décembre 2001, gelé tous les avoirs des particuliers dans les banques. C’est ce qu’on appelle le « corralito ». Ainsi, par exemple, les retraités ont vu leur bas de laine confisqué. Il s’en est suivi une diminution considérable de la consommation.

e)- Les privatisations pratiquées à partir de 1991 par le Premier Ministre Carlos Menem l’ont été, non  pas au profit d’actionnaires argentins, mais en faveur d’entreprises étrangères. Par exemple Edenor  (électricité) a été racheté par EDF, YPF (Exploitation et distribution d’hydrocarbures) racheté par la compagnie espagnole Pepsol. Aussi, le patrimoine argentin récupéré par la politique de juan Peron après la seconde guerre mondiale a été dilapidée par le péroniste Carlos Menem. Ces privatisations ont même touché de simples routes nationales qui sont donc payantes. Aujourd’hui, les Argentins vivent très mal cette dépossession de leurs biens nationaux.

En 2002, l’ensemble des entreprises étrangères, dont la variété va de l’agriculture(production de maïs, de soja…) au commerce (Carrefour …)en passant par l’industrie (Renault, Unilever, BP…) produisent 62% du PIB (3). Ce qui signifie que l’argentine est recolonisée. Comme la productivité de ces entreprises est 3,1 fois celle des entreprises locales(3), la part de richesse produite revenant aux argentins est d’autant plus faible.

f) – L’évasion fiscale est monstrueuse. Elle est de 50 % (4)Elle est le résultat, m’a-t-on expliqué, d’une part de la forte corruption ambiante et d’autre part des cadeaux institués par le gouvernement Menem auprès de grandes entreprises. Aujourd’hui, cet ancien Premier Ministre est fortement soupçonné par la justice argentine de posséder des magots bien mal acquis, dans des banques suisses. Si dans les années 90, les ressources apportées par les privatisations pouvaient éponger une partie de ce déficit fiscal, la grande partie du patrimoine national ayant été vendu il ne saurait être de même aujourd’hui.

 2- La chute de la consommation

Avec la baisse de pouvoir d’achat provoquée par la dévaluation du peso, par les licenciements, par la politique du corralito et par le non-paiement des fonctionnaires, la consommation s’écroule. Durant les 7 premiers mois de l’année 2002, les ventes dans les supermarchés ont chuté en volume de 22 % comparées aux même mois de l’année précédente (5) 300 000 lignes téléphoniques ont fermées lors du seul premier trimestre 2002 (1). A titre de comparaison, l’argentine compte 37 millions d’habitants (6). Les ventes d’automobiles neuves ne sont plus que de 15 % de ce qu’elles essaient en 1998 (2). Combien de fois ne me suis-je pas retrouvé seul à  manger au restaurant ! Un des garçons a reconnu que depuis la crise la clientèle de son restaurant s’était réduite de 80%.  Le marchand de vélomoteur par qui je suis passé pour vendre mon véhicule m’a avoué qu’en un an ses ventes mensuelles sont passées de 40-50 à 3-4 !

Cette baisse de la consommation provoque une baisse de la production donc de nouveaux licenciements. Au moment où j’ai quitté le pays, l’industrie automobile s’apprêtait à licencier.





 
 

 
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