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Société

17 mars 2005

Affaire Kapel, le véritable coupable n’était pas à la barre

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Le 20 juillet 2001, Michel KAPEL tombait sous deux coups de feu au lieu-dit Dégra Edmond sur la commune de Roura. A l’issu d’une instruction de trois ans, deux hommes étaient traduits devant la Cour d’assises de la Guyane : un inconnu se faisant appelé Robinson et M. Pastouri. Le premier était condamné à 18 ans de réclusion et le second à trois ans d’emprisonnement assorti de cinq ans d’interdiction du territoire.

 

Compte tenu de la très riche personnalité de la victime et surtout de ses engagements sans compromissions pour une Guyane indépendante, la thèse de l’assassinat politique a très vite circulée, déclinée en diverses variantes selon les interlocuteurs : il y aurait eu un troisième homme dont l’instruction a délibérément refusé de parler, Robinson et/ou Pastouri seraient des agents des services secrets…

 

Les deux jours d’audience laissent à l’observateur quelques images éparses :  on a pris soin de sélectionner un jury bien noir pour éviter les critiques du procès Arneton, un juré avait même des locks comme Kapel ; un président méprisant demandant aux témoins d’enlever les mains de leur poche ; le fils de Pastouri habillé avec une ceinture à crampon avec des bottes épaisses également à crampon, un T-Shirt style psychédélique, une tenue punk agressive en contraste avec une attitude plutôt réservée ; l’avocate du fils de Michel Kapel, parlant avec cœur de la majesté des paysages Guyanais, de l’engagement de la victime….

 

De ces deux jours c’est surtout un sentiment d’immense tristesse et de dégoût qui restera. Immense tristesse d’abord  parce qu’un homme est mort du choc entre deux rêves : le rêve d’une Guyane grande , libre et soucieuse des jeunes en difficulté et celui d’un eldorado où il serait possible de refaire sa vie, d’oublier les difficultés financières….Le dégoût ensuite de voir que les  véritables responsabilités ne sont pas évoquées, que la mort de l’humaniste Kapel  a été exploitée par certains pour laisser libre cours à leur xénophobie n’hésitant pas à stigmatiser la compagne, lucoderme, de Michel qui se jour là n’était pas à ses côtés…

 

La mort de Michel KAPEL est effectivement un assassinat politique, mais pas comme d’aucuns l’ont évoqué. Sans aucun esprit de provocation il est possible de considérer que Pastouri à l’instar de Kapel est une victime car le véritable coupable n’était pas à la barre : le système colonialiste français.

 

Pour recueillir les éléments à charge nul n’est besoin d’une instruction fleuve tant le système se cache peu.

 

ü  Le système colonialiste français est coupable d’entretenir un  climat d’insécurité 

En Guyane, délibérément, la politique d’immigration menée est incohérente : aucun contrôle sérieux des frontières n’est mis en place. Les clandestins sont pléthores et pas seulement dans le milieu de l’orpaillage. Nous connaissons tous de ces « sans papiers » qui travaillent en plein centre ville soit des jobbeurs, soit même dans les magasins, les restaurants, les entreprises de service, etc… Quand l’Inspection du Travail procède à des contrôles, ces personnes qui sont sur le territoire depuis des années se retrouvent à la rue car la Préfecture refuse de faciliter leur régularisation . Il faut se demander quel intérêt le système trouve à laisser s’installer une population fragile, exploitable, instable.  De multiples tentatives ont été faites pour faire de la Guyane une terre de peuplement c’est-à-dire pour procéder à un génocide par substitution des populations autochtones : noyés dans la masse les guyanais ne seront plus en mesure de revendiquer, d’infléchir leur propre destin.

 

Acculés, traqués, exclus des circuits officiels ces clandestins vivent dans un monde où la violence tient lieu de loi. Cela est renforcé par l’absence totale de contrôle des armes, des fusils à canons sciés, à silencieux se négocient aisément. Les gendarmes encouragent même les français qui arrivent à s’équiper[1].

 

Aucune volonté véritable d’éradiquer les milieux parallèles n’existe : il n’est qu’à voir les prostituées de plus en plus nombreuses dans toutes les rues de Cayenne,  les dealers bien visibles à la crique. Aucune volonté non plus d’éradiquer la misère : pas de véritable accompagnement des associations qui viennent en aide aux sans domicile, aux toxicomanes, aux alcooliques, aux enfants livrés à eux même…

 

ü  Le système colonialiste français est coupable d’exacerber les frustrations

Alors que la Guyane est un territoire jeune, où tout reste à développer parce que l’Etat a refusé de procéder aux investissements qui lui incombent, l’initiative économique est à peu près impossible. Quatre vingt pour cent de la Terre appartient à l’Etat qui ne veut rein en faire. Dès que des projets d’agriculture, d’industrie sont formulés, les normes françaises sont utilisées pour empêcher leur réalisation.  Economie de comptoir tout est importé, rien n’est produit sur place. Les prix sont artificiellement hauts alors qu’un tiers de la population est au chômage ou vit des minima sociaux, alors que seuls les fonctionnaires touchent un supplément salarial pour cherté de vie. La culture française est valorisée, son niveau de vie et d’équipement est donné en exemple mais la population guyanaise n’y a pas accès ce qui génère immanquablement des frustrations et conduit à des appropriations illégales de terrains, sources de nombreux conflits.

 

ü  Le système colonialiste français est coupable d’alimenter  l’opposition raciale

A première vue, la Guyane est terre de mélange, de rencontre. L’honnête homme doit pourtant avouer que les communautés sont assez étanches : les échanges sont le plus souvent très superficiels. Cet état de fait est le résultat de tout ce qui précède mais aussi de la non formation des français fonctionnaires qui arrivent en Guyane. Le système des primes et des mutations entraîne la venue de personnes soucieuses de faire carrière ou de gagner de l’argent alors que la déliquescence de la Guyane réclame des volontés vraies de construire ensemble un pays.  Dans la vie quotidienne que ce soit chez l ‘épicier, dans les administrations, dans la rue les blancs et les noirs ne sont pas traités de la même manière. C’est insidieux, non officialisé mais bien réel. Des secteurs d’activités sont presque entièrement blancs à commencer par la justice, sauf erreur, à Cayenne n’exerce qu’un seul magistrat noir ; dans l’éducation la proportion de maîtres guyanais est de plus en plus faible, en médecine la relève guyanaise est quasi inexistante. Pourquoi ?

 

L’affaire qui nous occupe est une excellente illustration de la volonté du système d’exacerber les tensions raciales : une figure indépendantiste est tuée, le juge d’instruction refuse  au jury populaire d’examiner la totale responsabilité de l’inculpé blanc, le meurtre est entièrement mis à la charge de l’inculpé de nationalité inconnue, et de type brésilien. Evidemment et logiquement les parties civiles crient à l’injustice et s’étonnent des protections de M. Pastouri. En réponse ce dernier nie être protégé. Et il est logique de le croire, car cette situation en réalité le livre potentiellement à la haine, aux représailles de la population (si les guyanais n’étaient pas si sages et non agressifs) . D’ailleurs obliger un homme de plus de soixante ans à la sortie de prison à ne plus vivre avec les siens pendant cinq ans ce n’est pas une protection et c’est générer chez lui et ses amis un sentiment de rancœur à l’encontre des noirs…alors que la décision est bien celle du système… c’est habile ou stupide (ce qui est peut-être pire).

 

Pas étonnant que la Guyane soit une véritable poudrière où tout différend peut facilement dégénérer. Sans ce climat  Michel KAPEL n’aurait pas été animé d’une colère inextinguible qui impose de toujours agir, de toujours lutter. Sans le système, Michel KAPEL ne serait pas mort.

 

Ne soyons pas complice du système ! Accepter de jeter l’opprobre sur les hommes c’est s’arrêter dans l’analyse. Caricaturer Pastouri en en faisant un esclavagiste moderne est trop facile: il a ouvert sa porte à un nécessiteux comme les gangans ont si bien su le faire par le passé avant que le système n’acculture ou oppose les communautés. La mort de Michel KAPEL doit servir à ouvrir les yeux et non l’obscurantisme, ne nous trompons pas d’ennemi….



[1] Il est évident que les déclarations de Mme PASTOURI concernant les bons conseils prodigués par les gendarmes sont vraies.





 
 

 

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