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Société

1 avril 2006

Survivre à MARIPASOULA

Photo 8 maripasoula
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Nous revenons sur les événements qui se sont déroulés à MARIPASOULA début février car ils illustrent une situation qui n’est pas propre à cette commune et qu’ils ont, par conséquent, valeur d’exemple.

Située à 280 km de Saint-Laurent par le fleuve et à une heure de vol de Cayenne, MARIPASOULA commune de 4500 habitants est comme nous disons en Guyane : « dèyè do bondjé. »

La compagnie Air Guyane chargée d’appliquer les Obligations de Service Public (O.S.P.), en matière de desserte aérienne est à l’origine du blocage, par un collectif d’habitants, des communes de MARIPASOULA et PAPAÏCHTON. Ce blocage a pris fin le dimanche 5 février par un protocole signé par le Préfet, les présidents de la région et du département, le PDG d’Air Guyane et les représentants du collectif.

Entre-temps, cette manifestation a connu plusieurs péripéties, entre autres l’intervention, le vendredi 3, d’un commando de gardes mobiles qui ont agressé la population pour débloquer l’aérodrome de Maripasoula qui était occupé par le collectif. Occupation pour exiger la venue sur place afin de négocier, des : préfet, présidents des conseils général et régional et du PDG d’Air Guyane. Ce qu’ils ont fait le 8 février, 18 jours après le début de la crise.

Ce combat du collectif, résume une situation que l’on trouve partout en GUYANE, mais avec encore plus d’acuité, dans les communes de l’intérieur. Il s agit du retard de développement et de l’absence de perspectives.

Ce mouvement a également mis au grand jour, la coupure existant entre la politique de l’Etat et les besoins de la population; mais aussi, la rupture entre les élus et leur population.

Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est une facture exhorbitante reçue par une habitante pour des frais de garde par Air Guyane d’un baril de lessive. Une pétition a été lancée, le collectif s’est monté, un cahier de revendications rédigé avec des exigences portant essentiellement au début, sur les pratiques d’Air Guyane, la carte de résident, la mise en service d’un avion plus confortable (avec toilettes), l’aménagement de l’aérogare. Effectivement, l’Etat, les 2 collectivités et Air Guyane étaient directement concernés par ces revendications. Les responsables ont commencé par envoyer sur place des seconds couteaux qui ont été rejetés par la population puisque c’était des élus de proximité qu’ils côtoient au quotidien et qui n’avaient aucun pouvoir de décision par rapport à leurs exigences.

Ce que le Collectif demandait c’était le dialogue ; pas n’importe quel dialogue à CAYENNE où à PARIS comme ils ont l’habitude de faire pour tromper, mais le dialogue à MARIPASOULA, entre le Président de Région, le Président du Conseil Général et le Président d Air Guyane.

Ce que le Collectif et la population exigeaient, c’était des engagements, des engagements avec des échéances, rien de plus, quoi de plus simple !

Nos responsables et le préfet ont préféré jouer la dignité offensée et faire intervenir des gardes mobiles qui ont blessé des personnes sans apporter de solution, le blocage persistant.

Il est bon de signaler puisque les médias ne l’ont pas fait, que la commune de PAPAÏCHTON était totalement bloquée hormis le dispensaire et la gendarmerie.

Paradoxalement, la responsabilité d’Air Guyane apparaît comme secondaire. Il s’agit d’un opérateur privé qui reste dans une logique de profit, y compris quand il postule pour répondre à des O.S.P. A charge pour l’Etat, le Département et la Région de veiller à ce que l’usager soit respecté. Or ce n’était pas le cas.

Le retour du « chouval gro vant »

On a entendu dire ici et là que le collectif était manipulé par un concurrent d’Air Guyane car les O.S.P. sont sur le point d’être renouvelées.

Il est vrai qu’on a entendu au sein de la population, des formules du type : si MARCHAND pa pouvé i naka lagé sa pou ABCHEE. » Elles correspondent plus à un souhait de voir revenir l’ATR 42 (assimilé à ABCHEE) qui était un avion plus rapide plus confortable avec des capacités de fret plus importantes. Le retour des TWIN OTTER et la nouvelle organisation du transport ont été vécus comme une régression.

 La piste condamnée au profit de ROCHAMBEAU

C’est là où se situe sans doute la manipulation de la population et pas seulement celle de MARIPASOULA. L’histoire démontre que les élus du MDES avaient raison, que l’ATR était seulement une affaire de gros sous et que ce n’était pas au profit des populations de l’intérieur.

L’argent de l’Europe destiné à agrandir la piste de MARIPASOULA a été utilisé pour refaire ROCHAMBEAU avec l’accord des collectivités. Aujourd’hui, l’ATR vole à SAINT-MARTIN

Un protocole en demi-teinte

Sur les 13 points figurant au protocole, 2 ont obtenu une suite positive (suppression de la taxe, bétonnage de la route), 1 est apparu sans objet (une agence à Cayenne) pour le reste, c’est l’incertitude ; on va écrire, on va étudier, on va analyser, on va expertiser mais rien de concret.

Quant au développement…

Il y a également une revendication de fond, celle qui porte sur la création d’infrastructures, le développement, l’éducation ; elle est intervenue par la suite au niveau du collectif.

Beaucoup de plans, beaucoup d’études, mais peu de réalisations. En attendant, notre jeunesse fout le camp, désoeuvrée, dégoûtée, tentée de tomber dans la délinquance.

Depuis 1989, la route BELIZON-SAÜL-MARIPASOULA est inscrite au SAR, le Schéma d’Aménagement Régional.

Quand on construit un collège, on sait qu’on dispose d’un délai de 4 ans pour construire le lycée afin que les élèves de 6ème, 4 années plus tard, puissent entrer en seconde. Cela fait 18 années que le collège GRAN MAN DIFOU a été construit ! Des générations d’élèves du HAUT MARONI n’ont pas pu aller au lycée.

Aujourd’hui, alors que l’on réglemente la circulation sur le fleuve, il faut organiser le subventionnement du fret par canot à destination des communes du HAUT MARONI.

Où sont nos grands élus pour discuter de tout cela ?

Quant à l’Etat, son projet n est pas le développement de la GUYANE et encore moins celui de MARIPASOULA.

Par exemple, l’or, une ressource qui pourrait être valorisée au profit de la population est capté au profit des multinationales et des clandestins. On crée des polémiques et on divise la population, c’est une spécialité de l’Etat.

Par contre, on met la GUYANE sous cloche en créant un parc du SUD de 3 millions six cent mille hectares. Un parc qui va générer des contraintes supplémentaires pour la population, pour la chasse, pour le bois, pour les abattis, pour la liberté de circuler. Alors qu’il n y a pas d’emploi, pas d’activité, pas d’équipements de base.

Au passage, l’Etat sème la zizanie entre Amérindiens et Bushnengués qui ont toujours vécu en harmonie. Méfions-nous, car là aussi, la division ethnique est en marche (cf : Ròt Kozé jan/fev.)

La seule réponse de l’Etat aux problèmes qui sont exprimés, c’est le matraque et les lacrymogènes. Et l’Etat met de gros moyens pour cela : gardes mobiles, rotations de Transall et d’hélicoptère.

Cet argent dépensé, gaspillé même, aurait dû servir à autre chose pour les habitants de MARIPASOULA.

Et où sont les élus ?

Seul le MDES a réagi lors de l’agression du 3 février.

I fo pa nou manjé bliyé !

Force pour MARIPASOULA et PAPAÏCHTON, Tchenbé rèd, pa moli





 
 

 
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