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Société

25 mars 2013

Serait-ce la mort annoncée du secteur de la pêche Guyanaise ?

Barrage des pêcheurs
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Commencée le 14 janvier 2013 par un courrier adressé au préfet de Guyane demandant la mise en place d’un plan d’urgence comprenant six points de revendication, la mobilisation des armateurs et pêcheurs guyanais a été suspendue dans l’après-midi du 13 février 2013, par la signature d’un protocole d’accord de fin de conflit.

Retour en arrière sur les raisons qui ont poussé les professionnels de la pêche à se mobiliser

Le 18 janvier 2013

Lors d’une conférence de presse, le syndicat PAPAP (pêcheurs et armateurs de la pêche artisanale de la Guyane) et le CRPMEM Guyane (chambre consulaire du secteur de la pêche) dénoncent l’insuffisance de mesures fortes de l’Etat français contre la pêche illégale étrangère et le pillage de la ressource halieutique guyanaise, l’accumulation des dettes sociales, fiscales et parafiscales des pêcheurs due  à une baisse de leur production, le manque à gagner de ces mêmes professionnels lors des interdictions de pêcher à chaque lancement de fusée du CSG-CNES, et l’inadaptation des règlements européens.
Face à cette situation dramatique, le syndicat PAPAP et le CRPMEM Guyane réclament à l’Etat français, notamment, parmi les six points de revendication : l’éradication totale et pérenne de la pêche étrangère illégale, un fonds d’aide d’urgence de trois millions d’euros pour permettre le redémarrage des activités professionnelles et l’annulation des dettes sociales, fiscales et parafiscales.

Le 25 janvier 2013

Alors qu’une réunion était prévue avec le préfet de Guyane concernant la mise en place du plan d’urgence demandé par les pêcheurs et les armateurs guyanais, celle-ci tourne court au bout d’une demi-heure. La délégation complètement choquée par les propos tenus par l’Etat et l’administration de tutelle quitte sur le champ la préfecture : c’est le clash !
L’Etat, au mépris de la gravité de la situation de crise que traversent les armateurs et les pêcheurs, se permet de faire des plaisanteries déplacées mais encore plus grave de manquer totalement de respect aux personnes faisant partie de la délégation.
Il n’est plus possible de mépriser toute une filière faisant travailler plus de trois mille personnes en minimisant tous les problèmes liés, en grande partie, à une pêche illégale étrangère qui perdure depuis plus de dix ans. L’Etat est responsable de cet état de fait.
Il n’est plus possible d’occulter les cas quotidiens de pêcheurs qui se font braquer, ligoter, tabasser, menacer avec des armes à feux, dépouiller, voler, cela s’appelle des actes de piraterie. L’Etat est responsable de cet état de fait.
Il n’est plus possible de travailler à perte, les navires revenant à vide de leur campagne de pêche, pour la simple raison qu’une trentaine, voir plus, de bateaux illégaux des pays voisins pêchent quotidiennement dans nos eaux, avec des filets de plus de 10 km et raflent tout au passage. Et, qu’ils prennent même le luxe d’appeler les pêcheurs guyanais par radio pour leur dire de ne pas jeter leur filet dans la zone car ils gêneraient leurs prélèvements… illégaux ! L’Etat est responsable de cet état de fait.
Le rapport d’IFREMER (institut de recherche dépendant de l’Etat) « Estimation de la pêche illégale étrangère en Guyane Française » (juin 2012) confirme cet état de fait avec, entre autres, des captures de pêche, des bateaux étrangers illégaux, deux à trois fois plus élevées que la flottille de pêche artisanale guyanaise. Soit un manque à gagner estimé à 24 millions d’euros avec environ neuf mille tonnes de poissons pêchés par les illégaux par an.
Pour marquer cet arrêt de dialogue avec l’Etat, Jocelyn Médaille, président du CRPMEM Guyane annonce solennellement que « tous les bateaux qui sont en mer doivent rentrer, à partir de lundi c’est la grève du poisson en Guyane ! ». Tous les pêcheurs de Kourou, Sinnamary, Cayenne, Rémire-Montjoly, Iracoubo, sont solidaires et approuvent la décision du président Médaille. La guerre est déclarée !

Rond-point à Kourou

Le 26 janvier 2013

Au lendemain de la rencontre avec le préfet de Guyane, qu’ils ont quitté en colère, les armateurs et les pêcheurs tiennent un meeting au marché de Cayenne avant de se rendre au Mir afin d’expliquer à la population guyanaise leurs revendications et décisions de bloquer la vente du poisson. C’est en grande majorité que les Guyanais soutiennent le combat des pêcheurs, qui est également le leur car il s’agit tout d’abord de lutter contre le pillage inadmissible des ressources de la Guyane.

Le 30 janvier 2013

Les armateurs et les pêcheurs de Guyane organisent une grande journée de mobilisation, de solidarité et sensibilisation au canal Laussat (débarcadère de la Crique). Cette journée a permis aux pêcheurs d’écouler leurs derniers stocks avant l’arrêt total de la vente de poissons frais. Encore une fois, la population est au rendez-vous et la manifestation, un succès.
Les soutiens commencent à venir de toute part : Elus, partis politiques, présidents des chambres consulaires, organismes socioprofessionnels, associations, etc.

Le 31 janvier 2013

6 heures du matin, les armateurs et les pêcheurs encerclent le Consulat du Brésil. Le piquet de grève s’organise et ils ne bougeront pas tant que l’État ne prendra pas ses responsabilités. Les relations diplomatiques entre Brasilia et Paris commencent à se crisper. Ainsi, les pêcheurs veulent que le gouvernement français réagisse au plus vite sur les moyens à mettre en place pour éradiquer la pêche illégale étrangère et sur leurs autres points de revendication. Le Suriname n’est pas oublié !

Devant le consulat du Surinam

Les 2 et 4 février 2013

A la demande des pêcheurs et armateurs, une réunion est organisée avec tous les Elus, parlementaires, organismes socio-professionnels, chambres consulaires, partis politiques afin de leur présenter une motion qui détaille les six points de revendication. Tous les Elus apportent leur soutien en signant ce document.
La réunion avec l’ensemble des Élus de Guyane le samedi à l’hôtel Amazonia a permis de rappeler le combat mené par les armateurs et les pêcheurs guyanais. Mais, également et surtout, de demander aux Élus de parler d’une seule voix, afin qu’ils soutiennent d’une part le mouvement de la filière pêche et d’autre part qu’ils défendent la plateforme de revendications des armateurs et pêcheurs guyanais auprès de l’État en faisant savoir qu’aucune délégation de pêcheurs et armateurs ne partira à Paris.
Lundi, nouvelle réunion à la CCIG : Les professionnels de la pêche profitent pour répéter qu’ils ne partiront pas rencontrer Victorin Lurel, ministre des Outre-mer, et Frédéric Cuvillier, ministre de la Pêche qui organisent une réunion interministérielle sur la pêche illégale avec les parlementaires et les présidents de collectivité. Malgré une forte pression, les pêcheurs restent catégoriques et considèrent que ce sont aux membres du gouvernement de venir en Guyane régler le conflit.

Le 6 février 2013

Réunion entre les ministres des Outre-mer et de la Pêche, les parlementaires de Guyane, et les présidents des collectivités. Les pêcheurs qui ne participent pas à cette rencontre, refusant de monter à Paris, ont demandé aux élus de remettre la motion et de demander la venue d’un émissaire ce que refusent les ministres qui veulent d’abord la levée des barrages. C’est le statu quo.
Le mouvement des pêcheurs maintient son rythme cadencé d’actions pour se faire entendre. Aujourd’hui, de 9h à 14h, ils bloquent le consulat du Suriname avec leurs camions frigorifiques : c’est l’opération « Parassi » ! Les pêcheurs illégaux surinamais représentent environ 40% de ceux qui pillent la ressource halieutique guyanaise.
Au même moment, les opérateurs miniers bloquent la préfecture pour protester contre le pillage des ressources. Solidaires des pêcheurs, leur mouvement se veut toutefois indépendant avec leur propre plateforme de revendications.

Le 7 février 2013

Les armateurs et pêcheurs guyanais s’installent, au petit matin, devant l’entrée du Centre Spatial Guyanais à Kourou, c’est l’opération « pémékou ». Face à eux, cinq camions de CRS et de gendarmes prêts à défendre la sécurité de la base spatiale. Mais la profession est venue, pacifiquement, distribuer des tracts et réclamer une dotation annuelle afin de compenser l’interdiction de pêcher au large de Kourou lors des lancements de fusées. En 2012, les pêcheurs ont compté une perte de 28 jours de pêche, correspondant à une perte de 2,2 millions d’euros.
Le directeur du CSG, Bernard Chemoul, a reçu une délégation ce jour-là, qui reconnaît « une gêne » et se dit « prêt à contribuer à un dispositif de soutien de l’activité » dans un communiqué, qui nous le savons, n’a aucune valeur juridique.

Le 8 février 2013

Arrivée de l’émissaire du gouvernement, Michel Le Bolloch, administrateur général des affaires maritimes. Précisons que cet émissaire a été prévenu la veille à 22h30 qu’il devait prendre l’avion pour la Guyane sans aucune connaissance du dossier. Celui-ci essuie un refus des pêcheurs de lever le barrage devant le consulat du Brésil, « condition préalable à toute négociation » selon le préfet. La réunion est donc avortée !

Barrage des pêcheurs

Le 9 février 2013

Michel Le Bolloch se rend sur le barrage du consulat du Brésil pour renouer le dialogue avec les pêcheurs. Finalement, une réunion se tient pendant quatre heures entre le médiateur et le PAPAP et le CRPMEM Guyane.

Le 10 février 2013

La délégation PAPAP et CRPMEM Guyane revoie le médiateur à la Direction du travail pour poursuivre les négociations.

Le 13 février 2013

Ce soir, les pêcheurs et les armateurs guyanais sortent du conflit qui les oppose à l’Etat depuis 14 jours : un protocole d’accord de fin de conflit a été signé à 17h30 à la direction du travail par le syndicat PAPAP, le CRPMEM Guyane, l’Etat représenté par le préfet, le président du conseil régional, le CNES-CSG et le médiateur du gouvernement.
Le protocole est satisfaisant même s’il n’est pas à la hauteur des attentes des professionnels de la pêche, surtout celle concernant l’éradication totale, immédiate et pérenne de la pêche illégale étrangère dans nos eaux. L’Etat fera tout son possible, à travers la mise en place d’un plan de lutte effectif immédiat et durable visant à éradiquer la pêche étrangère illégale, mais avoue du bout des lèvres qu’il n’a pas de moyens financiers et humains pour assurer un contrôle continu 24h/24h. La profession le vit comme une véritable frustration car elle sait, sans conteste, qu’il peut trouver les moyens quand il s’agit de préserver la souveraineté d’un pays tel que le Mali. Les pêcheurs savent, pauvres pêcheurs, que le poids économique de la pêche guyanaise, 3ème secteur productif de la Guyane, n’est qu’une goutte d’eau dans notre océan face aux enjeux financiers et commerciaux qui lient la France au Brésil.
Toutefois, il fallait sortir de cette impasse, et pour cela il a fallu batailler avec beaucoup de fermeté et de détermination sur les six points de revendications. Les pêcheurs sont conscients du chemin parcouru : partis de zéro avec peu de personnes qui croyaient en eux, en leur mobilisation, en leur combat, en leur obstination à ne pas baisser les bras. Alors comme l’a souligné, le président du comité régional des pêches, Jocelyn Médaille « Un accord pas parfait mais acceptable » !
Afin que les armateurs et pêcheurs repartent au plus vite en mer, ils obtiennent sur les 3 millions d’euros réclamés pour le préjudice qu’ils subissent depuis de nombreuses années, 2,4 millions d’euros dont 1,8 millions immédiatement et six cent mille euros à moyen terme. S’agissant des dettes sociales, fiscales et parafiscales, il a été convenu un étalement des dettes et des remises totales ou partielles des pénalités et majorations pour défaut ou retard de déclarations ou de paiement dues jusqu’au 30 juin 2013.
Sur le financement d’un fonds de développement par le CNES-CSG dédié au secteur de la pêche, qui subit un préjudice compte tenu de l’interdiction formelle de partir en campagne de pêche lors de chaque lancement de fusées, les pêcheurs n’obtiennent aucune garantie d’une dotation annuelle. Les deux parties doivent se revoir ultérieurement.
Les deux derniers points (réglementation européenne inadaptée et réforme du code minier) sont assez corrects.
Malgré la vigilance qui est de mise, car l’Etat doit mettre en en application très rapidement les engagements qui ont été actés ce jour, c’est une très belle victoire pour les armateurs et pêcheurs de Guyane. Victoire car ils sont restés solidaires et unis durant toute leur mobilisation, Victoire car ils ont eu le soutien de personnalités, d’associations, de partis politiques, de syndicats, de maires, de conseils municipaux, des collectivités locales, et surtout de la population guyanaise. Victoire car ils ont démontré qu’ils étaient en mesure de défendre les intérêts de leur profession avec justesse et rage, ici en Guyane… sans monter à Paris. Et qu’il fallait compter sur eux !
Toutefois, si aucun résultat probant n’apparaît très rapidement sur l’éradication du pillage de nos ressources, nous pouvons nous demander s’il n’y a pas une volonté réelle de voir le 3ème secteur économique productif de la Guyane après l’orpaillage et le spatial, le 2ème secteur primaire endogène après l’orpaillage, le 1er secteur alimentaire en produits de la mer qui apporte une autosuffisance alimentaire couvrant l’ensemble de la Guyane, disparaître.

Patricia Triplet

Nota bene :

Alors que le protocole de fin de conflit des armateurs et pêcheurs guyanais a été signé mercredi dernier (13/02/2013), alors que l’Eradication totale et pérenne a été, est et sera la revendication essentielle de la profession, le syndicat PAPAP et le CRPMEM Guyane constatent, avec beaucoup d’exaspération et d’indignation, que le PILLAGE DE LA RESSOURCE HALIEUTIQUE GUYANAISE sévit encore et toujours en toute impunité dans nos eaux.
En effet, depuis ce week-end (16-17 février) plus de quatre tapouilles surinamaises illégales pêchent entre Sinnamary et Iracoubo empêchant les navires guyanais de travailler dans de bonnes conditions et en toute sécurité !
Il est vrai qu’une tapouille brésilienne a été arraisonnée et « détruite » mais avant sa destruction le moteur intact, les filets coupés en trois (donc réparables), et le matériel avaient été récupérés par des « tiers personnes » et doivent être déjà, vraisemblablement, au Brésil !
Malgré la mobilisation des armateurs et pêcheurs guyanais, malgré le barrage devant le consulat du Brésil, malgré les différentes actions… rien n’a changé. Que fait l’Etat qui s’est engagé, à la signature du protocole par le préfet, à « mettre en place un plan de lutte effectif immédiat et durable (…) visant à éradiquer la pêche étrangère illégale » ?
Le syndicat PAPAP et le CRPMEM Guyane tiennent à informer la population guyanaise de la non mise en application du 1er point du protocole soit l’Eradication de la pêche illégale étrangère.
Nous rappelons que la pêche illégale étrangère cause un préjudice financier à la profession entraînant une situation de précarité, un endettement des charges sociales, fiscales et parafiscales, une fragilité économique de l’ensemble du secteur de la pêche.

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